La règle des 100 ml date de 2006. Dix-neuf ans plus tard, les files aux portiques de sécurité voient encore des passagers se faire confisquer une bouteille d'eau pleine ou un tube de dentifrice à moitié vide. Pas parce que la règle est floue (elle est précise) mais parce que personne ne l'a vraiment lue.
Ce que dit la règle, sans les raccourcis
La règle officielle de l'Union européenne (règlement CE 1546/2006 et ses révisions) pose deux conditions simultanées. Chaque contenant individuel ne doit pas dépasser 100 ml. Et l'ensemble de ces contenants doit tenir dans un sac en plastique transparent refermable d'un litre maximum, soit un seul sac par passager.
Le piège courant : un flacon de 200 ml à moitié vide. Peu importe qu'il ne reste que 80 ml de shampoing dedans. Ce qui est évalué, c'est la contenance du flacon, pas son niveau de remplissage. L'agent de sécurité ne peut pas vérifier l'un, il vérifie l'autre.
L'autre précision qu'on oublie souvent : le litre de sac est une limite de volume global, et dans la pratique, un sac ziplock standard de supermarché (18 × 20 cm environ) correspond à peu près à cette contenance. Les aéroports européens vendent souvent leurs propres sacs réglementaires à l'entrée des contrôles, mais n'importe quel sac transparent refermable fait l'affaire.
Ce qui échappe à la règle, et ce qui ne l'échappe pas autant qu'on croit
Les médicaments liquides sur ordonnance bénéficient d'une exception, à condition de pouvoir les justifier. Une ordonnance à votre nom ou un certificat médical suffit dans la grande majorité des aéroports européens. Les volumes autorisés ne sont pas plafonnés à 100 ml dans ce cas, mais l'agent de sécurité reste libre de demander une vérification, voire de vous orienter vers un contrôle secondaire.
Les aliments pour bébé et le lait maternel fonctionnent sur le même principe d'exception. Là aussi, la présence d'un enfant en bas âge est généralement considérée comme justification suffisante, même sans document écrit. Mais « généralement » ne veut pas dire « dans tous les aéroports de la planète ».
Ce qui surprend davantage : les achats effectués dans les boutiques hors-taxes, côté piste, après les contrôles de sûreté. Un litre d'alcool ou un grand flacon de parfum acheté à duty free peut monter en cabine dans son sac scellé avec reçu d'achat. La difficulté surgit lors des correspondances : si vous transitez par un autre aéroport, ce sac scellé sera contrôlé à nouveau, et certains pays (notamment hors Union européenne) ne reconnaissent pas ce régime d'exemption. Des bouteilles de whisky achetées légalement à Heathrow ont été confisquées à Dubaï ou à Toronto pour cette raison.
En correspondance internationale, le sac duty free scellé ne garantit rien. Les règles du pays de transit s'appliquent, pas celles du pays d'achat.

Ce que "liquide" veut dire dans ce contexte
La définition réglementaire est plus large qu'on ne le pense. Elle couvre les gels, les pâtes, les crèmes, les lotions, les sprays, les mousses et les produits de consistance similaire. Autrement dit :
- le gel douche, le dentifrice, la crème solaire, le mascara, le beurre de cacahuète
- les fromages à tartiner, les confitures, le Nutella
- la moutarde, le houmous, les sauces en pot
Le beurre de cacahuète fait régulièrement l'objet de confiscations aux États-Unis, où la TSA applique la même logique de densité. En France et en Europe, la règle est identique : si ça s'étale, c'est traité comme un liquide.
Les solides, en revanche, passent librement : un pain de savon, un rouge à lèvres standard en bâton, une barre de déodorant solide. Ce n'est pas un hasard si les cosmétiques solides ont connu un regain d'intérêt commercial depuis une dizaine d'années, l'argument « passe en cabine sans sac transparent » se vend bien.
Le cas des aéroports équipés de scanners 3D
Depuis 2023, la Commission européenne a autorisé les aéroports dotés de scanners à rayonnement X de nouvelle génération (dits CT, pour tomographie computérisée) à lever la restriction des 100 ml. Ces appareils produisent une image en trois dimensions du contenu des bagages, ce qui permet de détecter les substances dangereuses indépendamment du volume.
L'adoption a été plus lente que prévu. À la date de rédaction de cet article, une poignée d'aéroports britanniques et quelques terminaux néerlandais appliquent cette levée de restriction, mais la plupart des grands aéroports français maintiennent la règle des 100 ml. Heathrow a annoncé l'abandon de la restriction avant de faire marche arrière plusieurs fois, une saga qui a beaucoup irrité les associations de voyageurs.
Le conseil pratique n'est donc pas de parier sur les scanners. L'état des équipements d'un terminal donné n'est généralement pas affiché clairement à l'avance.
Comment organiser ses bagages en conséquence
La question qui se pose concrètement, avant un départ, est souvent la même : est-ce que j'emporte ce flacon en cabine ou je le mets en soute ? Pour un vol aller-retour d'une semaine, la plupart des produits de toilette courants passent en version 100 ml. Pour un mois à l'étranger, il faut soit acheter sur place, soit confier les grands formats à la soute.
Consulter le guide du bagage en soute peut aider à évaluer si le jeu en vaut la chandelle : selon la compagnie, le coût d'un bagage en soute peut dépasser le prix des produits qu'on y mettrait. Ryanair ou Wizz Air, par exemple, facturent la soute à un tarif qui rend parfois l'achat de toilettes sur place plus rationnel, les franchises bagages de Ryanair ou de Wizz Air méritent d'être regardées avant de décider.
J'ai une petite tendresse pour les flacons rechargeables en silicone, qu'on remplie depuis chez soi. Ils sont moins chers à l'usage que les versions miniatures du commerce, et on contrôle le contenu. Le seul défaut : ils fuient parfois à basse pression en cabine, surtout si on les ferme mal. Mettre les flacons dans un sac plastique pour contenir les dégâts reste prudent même quand la règle des 100 ml ne l'imposerait pas.
Pour les médicaments liquides ou les objets dont le statut est ambigu, la liste des objets interdits en avion compile les cas les plus fréquents avec les distinctions cabine/soute, utile avant un contrôle de sécurité plutôt qu'au moment de passer dedans.