L'hôtesse vous demande d'activer le mode avion. Vous appuyez sur l'icône d'avion, l'écran vire au gris, et vous vous demandez vaguement si ça sert à quelque chose. La réponse est plus nuancée qu'un simple oui ou non, et elle éclaire aussi pourquoi la règle s'est assouplie ces dernières années sans jamais vraiment disparaître.
Ce que le mode avion coupe vraiment
Quand vous activez le mode avion, votre téléphone désactive plusieurs émetteurs radio distincts qui fonctionnent en parallèle dans l'appareil. Le GSM/LTE (la liaison avec les tours de téléphonie mobile) s'arrête. Le GPS s'arrête aussi, même si beaucoup de gens l'ignorent. Et par défaut, le Wi-Fi et le Bluetooth s'éteignent également, même si vous pouvez les réactiver manuellement juste après.
C'est ce dernier point qui résume toute l'ambiguïté de la règle. Le mode avion n'est pas un interrupteur unique qui coupe « les ondes ». C'est une combinaison de plusieurs désactivations, dont certaines sont négociables.
L'histoire des interférences, version sobre
La crainte originelle remonte aux années 1990. Les téléphones analogiques de l'époque émettaient en continu sur des fréquences relativement proches de certains équipements de navigation. Les ingénieurs n'aimaient pas les incertitudes, et l'aviation vit mal avec l'incertitude. La règle d'interdiction totale a donc été posée par précaution, dans un contexte où personne ne savait exactement ce qu'un million de passagers avec un Nokia dans la poche pouvait perturber.
Les études menées par la FAA (Federal Aviation Administration) entre 2012 et 2013 n'ont jamais établi de lien direct entre un téléphone en mode normal et un accident aérien.
Ce qui ne signifie pas que les interférences sont impossibles. Dans un cockpit aussi sensible que celui d'un Airbus A320, les capteurs détectent des parasites que vous ne percevriez jamais. Mais la vraie raison pour laquelle la règle a survécu est plus prosaïque : un téléphone cherchant frénétiquement des antennes relais à 900 km/h saute de tour en tour et surcharge les réseaux au sol. Le problème est moins pour l'avion que pour les opérateurs téléphoniques.
Ce qui se passe vraiment quand vous laissez le mode avion désactivé
Votre téléphone en mode normal, à 10 000 mètres, ne reçoit aucun signal utile des antennes terrestres. Elles sont conçues pour émettre horizontalement, pas vers le ciel. Il passe donc en mode recherche permanente, fait tourner son émetteur à pleine puissance, et vide votre batterie de façon spectaculaire. En deux heures de vol, un appareil en mode recherche peut perdre 30 à 40 % de batterie sans rien faire d'autre.
C'est le genre de fait qu'on apprend en se documentant et qu'on n'oublie plus. Pas d'application ouverte, pas d'écran allumé, juste le radio cherchant une antenne qu'il ne trouvera pas.

Bluetooth et Wi-Fi en vol, ce que les compagnies autorisent
Depuis que l'EASA (l'autorité européenne de sécurité aérienne) a révisé ses recommandations en 2014, puis que la FAA a suivi, la plupart des compagnies permettent de réactiver le Wi-Fi et le Bluetooth après avoir activé le mode avion. Les fréquences utilisées (2,4 GHz et 5 GHz pour le Wi-Fi, 2,4 GHz pour le Bluetooth) ont été jugées sans risque pour les systèmes de navigation modernes.
Concrètement, ça veut dire que vos écouteurs sans fil fonctionnent parfaitement. Que si la compagnie propose le Wi-Fi bord, vous pouvez vous y connecter. Et que votre montre connectée continue de parler à votre téléphone.
Le Wi-Fi satellite embarqué, lui, est une connexion gérée par l'avion lui-même via un antenne externe. Il n'a rien à voir avec votre émetteur personnel. Ryanair, Air France ou Lufthansa ont des politiques légèrement différentes sur l'utilisation des appareils personnels en vol, mais toutes autorisent désormais le Bluetooth dès la porte fermée.
Le détail qui change tout selon le type d'avion
Les avions récents, un Boeing 787 ou un Airbus A350, ont une architecture électrique largement plus blindée contre les interférences électromagnétiques que les appareils conçus dans les années 1980. Les câbles de commande de vol sont remplacés par des liaisons numériques protégées. Autrement dit, la tolérance réelle aux émissions parasites a augmenté considérablement, même si la réglementation n'a pas complètement suivi le rythme des évolutions techniques.
Sur un vieux turbopropulseur régional, c'est une autre affaire. Les équipements y sont parfois plus anciens et moins protégés. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles certaines compagnies régionales restent plus strictes sur l'activation du mode avion pendant toutes les phases de vol.
Il y a une certaine ironie à ce que la règle soit plus contraignante sur les petits avions qui font des courtes distances, alors que le risque de batteries à plat y est moins dramatique. Mais c'est ainsi.
Ce que ça change pour vos bagages
Rien, directement. Mais si vous voyagez avec un AirTag ou un traceur Bluetooth dans votre valise en soute, sachez que ces appareils émettent en continu sur Bluetooth. Ils ne sont pas soumis au mode avion. Les compagnies ne demandent pas aux passagers de désactiver les traceurs dans les bagages enregistrés, et la réglementation ne l'exige pas non plus à ce jour.
Si vous utilisez ce type de traceur pour surveiller votre bagage en soute, il continuera d'émettre pendant tout le vol. Ce n'est pas un problème réglementaire actuel, même si le sujet commence à être discuté dans les instances de normalisation aéronautique. Pour choisir le bon matériel de suivi ou vérifier ce que vous pouvez réellement embarquer, le guide des objets interdits en avion couvre les restrictions les plus récentes sur les appareils électroniques.
Le mode avion, finalement, est surtout le vestige d'une précaution raisonnable prise à une époque où personne ne savait exactement ce que des dizaines de téléphones pouvaient faire dans un tube en aluminium à 800 km/h. La réponse s'avère être : pas grand-chose de dangereux. Mais la batterie, elle, ne pardonne pas.