En août 2006, la police britannique démantèle un réseau qui projetait de fabriquer des explosifs liquides à bord de vols transatlantiques depuis Heathrow. Dans les 48 heures, les aéroports européens et nord-américains interdisent tous les liquides en cabine. La règle des 100 ml, bricolée en urgence, n'a jamais vraiment été révisée depuis.
Pourquoi 100 ml et pas 80 ou 150
Le seuil de 100 ml ne repose pas sur un calcul chimique précis rendu public. Il s'agit d'un compromis opérationnel : suffisamment petit pour compliquer la fabrication d'un explosif liquide en quantité utile, suffisamment grand pour permettre aux passagers d'emporter un déodorant ou un tube de dentifrice sans vider entièrement leurs trousses de toilette.
Ce que les autorités cherchaient à éviter en 2006, c'était la synthèse de peroxyde d'acétone (TATP) ou de composés similaires à partir de précurseurs liquides transportés séparément. La limite de volume réduit mécaniquement la quantité disponible. Mais plusieurs experts en sécurité aérienne ont depuis signalé que la règle est plus psychologique qu'absolue : un passager déterminé et bien préparé peut répartir ses précurseurs sur plusieurs petits flacons conformes. C'est l'un des reproches formulés par le rapport de la Commission européenne sur la sécurité aéroportuaire publié en 2017.
La limite de 1 litre total par passager (le fameux sac plastique transparent d'un litre) n'est pas non plus une barrière physique. C'est une contrainte organisationnelle qui ralentit le passage aux portiques et facilite l'inspection visuelle par les agents.
Le sac transparent : une norme, pas une évidence
Le sac transparent plastique refermable d'un litre maximum est obligatoire dans l'Union européenne et au Royaume-Uni, mais ses dimensions exactes varient d'un pays à l'autre. Aux États-Unis, la TSA accepte n'importe quel sac plastique refermable d'un quart de gallon américain, soit environ 946 ml, presque identique, mais pas tout à fait.
En pratique, les agents de sécurité ne mesurent pas les sacs. Un sac légèrement trop grand passe souvent sans problème, à condition que son contenu soit clairement visible et que les flacons soient bien en dessous de 100 ml. L'agent cherche une anomalie, pas un procès-verbal.
Ce qui bloque systématiquement, en revanche, ce sont les flacons non étiquetés de plus de 100 ml, même à moitié vides. La règle porte sur la contenance du flacon, pas sur la quantité de liquide qu'il contient. Un flacon de 200 ml rempli à un tiers est confiscable. C'est contre-intuitif, et c'est l'une des causes de litiges les plus fréquentes aux portiques. Avant de préparer votre bagage cabine, vérifiez les dimensions et règles en vigueur dans notre guide du bagage cabine.

Ce que la règle ne dit pas vraiment
La liste des exceptions est plus longue qu'on ne le croit généralement.
- Les médicaments liquides sur ordonnance sont admis en quantité supérieure à 100 ml, sous réserve de présenter une ordonnance ou un certificat médical.
- Les préparations pour nourrissons (lait, eau stérilisée, compotes liquides) sont exemptées en quantité raisonnable pour la durée du vol.
- Les aliments achetés côté piste (après le contrôle de sûreté) dans un aéroport de l'espace Schengen n'entrent pas dans la règle des 100 ml, sauf si vous transitez dans un aéroport hors Schengen avant votre destination finale, auquel cas un deuxième contrôle peut s'appliquer.
Ce dernier point pose régulièrement des problèmes aux voyageurs qui achètent du vin ou du parfum dans une boutique duty-free à Dubaï ou à Istanbul avant de prendre une correspondance vers Paris avec escale à Zurich. Le sac scellé remis par la boutique est censé suffire, mais certains agents sont plus stricts que d'autres sur le sujet.
La liste complète des objets interdits en cabine, liquides inclus, est détaillée dans notre guide des objets interdits en avion.
Les nouveaux scanners qui pourraient tout changer
Dans plusieurs aéroports européens, des scanners CT (tomographie computérisée) permettent désormais d'analyser la composition chimique d'un liquide sans l'ouvrir. Certains aéroports ont déjà levé la règle des 100 ml pour les passagers contrôlés par ces équipements.
Heathrow a commencé à déployer ces scanners en 2022. Amsterdam-Schiphol, Genève et quelques autres les testent. La technologie identifie la densité et la composition moléculaire du liquide, ce qui rend le seuil de volume théoriquement obsolète.
Mais le déploiement est lent et inégal. En France, la DGAC (Direction générale de l'aviation civile) a annoncé des calendriers d'équipement progressif pour les aéroports français, sans date ferme pour une généralisation. En attendant, les aéroports qui ont levé la règle et ceux qui la maintiennent coexistent, ce qui crée une confusion réelle pour les voyageurs fréquents. J'ai personnellement vu des passagers se faire confisquer une bouteille d'eau à Charles-de-Gaulle, achetée côté airside à Heathrow, parce que le terminal d'arrivée à CDG appliquait un deuxième contrôle.
Le résultat pratique est paradoxal : dans certains aéroports, vous pouvez passer avec une bouteille d'eau d'un litre, et dans d'autres, vous ne pouvez pas. La règle universelle n'est déjà plus universelle.
Ce que ça change concrètement pour préparer un vol
Si vous voyagez en cabine sans bagage en soute, la règle des 100 ml conditionne toute votre trousse de toilette. Un flacon de shampoing standard fait 250 ou 300 ml, pas conforme. Les formats "voyage" vendus en pharmacie ou en grande surface sont calibrés à 50 ou 100 ml, parfois moins.
Une option moins connue : les pastilles et solides de toilette (shampoing solide, savon, dentifrice sous forme de comprimés) ne sont pas des liquides et ne sont soumis à aucune restriction de contenance. Le format solide est aussi souvent plus léger, ce qui compte si vous voyagez avec une low-cost soumettant votre bagage cabine à une pesée.
Pour comparer les franchises bagage cabine des principales compagnies et anticiper les contraintes de poids, notre comparateur de franchises bagages couvre 41 compagnies.
La règle des 100 ml a dix-huit ans. Elle a survécu non pas parce qu'elle est parfaite, mais parce que la remplacer demande un consensus international que personne n'a encore eu le courage de construire. En attendant, achetez vos grandes bouteilles de l'autre côté du portique.